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Société et Culture La vie sociale et culturelle des congolais au quotidien.

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Vieux 01/03/2010, 20h11   #1
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Supu na tolo " : une vie à plusieurs vitesses à travers le pays
Depuis plus d'un mois, les autorités provinciales s'activent pour rendre effective l'interdiction de la vente et, partant, la consommation des liqueurs à dose exagérée, communément appelées " supu na tolo ". A Kinshasa, des boutiques ont été dépouillées de ces produits et quelques usines fermées. Il en est de même pour le Katanga, d'où les propriétaires de ces usines ont même été expulsés de la RDC.
L'ensemble de ces mesures rentrent dans le cadre de l'exécution d'un arrêté ad hoc pris l'année dernière par le ministre de l'Economie et commerce. Mais cet arrêté est aujourd'hui diversément commenté au regard de son contenu par rapport aux actes exécutoires observés. En effet, alors qu'il n'interdit que la vente de ces produits dans des emballages de moins de 30 cl et qu'il ne comporte aucune motivation ni de clauses sanctionnateurs, les agents chargés de l'exécution semblent ainsi aller au-delà de son contenu pour basculer dans ce que certains juristes qualifient d'abus de pouvoir. A cause de cela, plusieurs commerçants et producteurs s'estimant lésés sont allés en justice contre l'Etat.
Pour autant, chacun est conscient que la consommation exagérée de ces liqueurs est le principal acte à condamner et combattre, car même les boissons localement produites (telles que les bières) peuvent faire l'objet d'une consommation abusive et déboucher sur des problèmes de santé et l'augmentation de la criminalité. L'on sait, par ailleurs, qu'il existe d'autres liqueurs à dose beaucoup plus élevées que le " supu na tolo ", mais qui semblent ne pas être concernées par les rafles qui s'opèrent à travers le pays. Peut-être parce que leur prix est hors de portée des petites bourses.
En attendant la suite du dossier, la population, elle, réagit diversément face à la situation ainsi créée. A Kinshasa, par exemple, on observe une sorte de prohibition qui fait que le " supu na tolo " se vend de plus en plus sous le menteau, une pratique rendue possible manifestement par une absence de sensibilisation préalable qui aurait pu faire adhérer la population au souci de l'Etat ; mais également par le fait que plusieurs agents de l'ordre véreux seraient, aux dires de certains Kinois, parmi les plus grands consommateurs de ces liqueurs.
Ailleurs, au Sud-Kivu, par exemple, les consommateurs sont en train de se reporter vers d'autres produits alcooliques, provoquant ainsi une hausse du nombre d'ivrognes. Une situation aggravée aussi par la baisse des prix de la bière et autres alcools. Au Katanga, cependant, ces liqueurs sont en train de disparaître de la circulation, ce qui suscite la satisfaction de la population. Les reportages ci-dessous de Syfia Grands Lacs en disent long.
JEK
Sud-Kivu : de plus en plus d'ivrognes qui ruinent leurs familles
Boire, boire toujours plus… C'est ce que font de plus en plus d'hommes du Sud-Kivu depuis que le prix des alcools frelatés et de la bière a baissé. Citadins et villageois, tous s'y mettent, quitte à ruiner leurs familles et leur santé.
"10 litres de kasigisi (bière de bananes), c'est ma cure journalière", se vante A. V., un habitant du centre commercial de Katana (45 km au nord de Bukavu, à l'est de la RDC). Il dépense ainsi 180.000 FC (200 $) par mois en bière. Chaque village a de tels champions qui dilapident le revenu de leur champ et de leur petit élevage en boissons. Ils prennent tantôt de l'alcool frelaté, tantôt de la Primus ou de la bière de banane.
Poussés à boire par la baisse du prix de la Primus vendue, ces derniers temps, dans la plupart des débits de boissons au prix de l'usine, les buveurs sont de plus en plus nombreux. Boire de l'alcool est devenu une activité à part entière au Sud-Kivu. Beaucoup d'hommes passent le clair de leur temps à se saouler. Ils travaillent de moins en moins et dépensent de plus en plus…
En ville et maintenant partout dans les villages de la province, la Bralima qui fabrique les bières, installe, depuis 2007, des dépôts relais qui vendent la bière à 1000 FC (1,2 $). Le prix des boissons frelatées de 55% degrés d'alcool est aussi en baisse. Celles qui coûtaient 3 $, sont actuellement vendues à 2 $ la bouteille de 75 cl. Même les chrétiens protestants, réputés non-consommateurs d'alcool, comptent aujourd'hui des milliers d'ivrognes.


Folles dépenses des alcooliques
Ces derniers jours, la consommation effrénée d'alcool a fait des victimes. Ainsi, le 14 février, un garçon de 17 ans a célébré la St Valentin en buvant et en est mort. Le revenu des familles est déséquilibré et "peu de gens réalisent les pertes financières énormes qu'engendre cette situation", signale Michel Bisimwa, un économiste. Les hommes en arrivent à dépenser plus qu'ils ne gagnent. Boire cinq Primus par jour pour étancher sa soif correspond à une dépense de 180 $ par mois ! Pourtant le salaire moyen est de 50 $ le mois. Certains vendent même leurs biens pour se payer à boire et en veulent aux amis qui ne leur achètent pas de bouteilles.
En ville, nombreux sont les hommes qui se retrouvent durant les heures de travail dans un débit de boisson et affichent leur numéro de téléphone à la porte afin que celui qui veut les voir les y rejoigne. Au village où les gens tiennent à paraître évolués, beaucoup d’entre eux ne prennent plus que la Primus pour ressembler aux citadins. La vente des boissons alcoolisées a pris de l'ampleur dans les villages depuis qu'il y a moins de bière de banane à cause de la maladie du bananier. Dans les maisons d'habitation, on vend de plus en plus de bières pour répondre à cette forte demande. "Six familles sur 10 en moyenne vendent chaque jour à domicile au moins un casier de Primus", renseigne Xavier Ruminika, un des vendeurs de bière à domicile qui a constaté la montée de l'alcoolisme.
En ville, où les dépôts relais se sont le plus multipliés, "la plus grosse part du revenu des gagne-petit est consommée dans l'alcool parce qu'il est devenu moins cher", reconnaît Agnès, épouse d'un portefaix. Après avoir fait le tour des guinguettes, le constat de Michel Bisimwa est clair : "les pauvres dilapident plus d'argent dans la bière que ne le font les personnes nanties". Beaucoup d'hommes y dépensent tout leur salaire. Leur famille en pâtit : leurs enfants sont chassés de l'école, ils paient difficilement les soins et s'appauvrissent chaque jour un peu plus.
L'Eglise appelle à la modération
Sensible aux dégâts causés par l'alcoolisme, l'Église catholique use de sa notoriété pour réussir là où l'État a échoué. "Nous demandons aux catholiques de s'abstenir de la consommation des boissons frelatées kahuzi, simba, furaha", disait leur communiqué diffusé à Radio Maria. Par cet appel, les curés demandaient à leurs fidèles de ne pas se ruiner dans la bière et d'éviter de détruire leur santé. Ils faisaient écho à la décision du bourgmestre de la commune de Kadutu qui avait décidé de poursuivre les vendeurs des boissons frelatées, une première mesure pour freiner cet alcoolisme grandissant qui n'avait pas été observée. A la suite de l'intervention des curés, la vente et la consommation de ces boissons ne se font plus que clandestinement.
Lubumbashi : fini le whisky qui tue sur le marché
Au Katanga, les autorités ont fermé une dizaine de fabriques du petit whisky vendu pas cher mais qui ruine la santé des gens et accroît la criminalité. Leurs fabricants ont été expulsés du pays, ce qui réjouit tout le monde.
C'est début février que les autorités provinciales ont pris des mesures drastiques contre les fabricants de petit whisky en fermant une dizaine d'usines qui produisaient cette boisson à Lubumbashi et reconduisant à la frontière leurs propriétaires. "Nous fermons les labos de fabrication et interdisons la vente de ce breuvage de la mort sur toute l'étendue du Katanga", a dit Moïse Katumbi, le gouverneur de province, qui promet d'être ferme là-dessus. Des dizaines de tonneaux de la liqueur et des quantités énormes de petites bouteilles et sachets saisis lors d'une opération de contrôle de la police, ont été brûlés. "Tous sont fabriqués à base d'éthanol pur. Seul le colorant permet de changer des couleurs et de différencier les noms : Boss, Wiski, Double punch, Splendor… Mais tous sont alcoolisés à plus de 45 %", a avoué l'un des fabricants arrêtés.
En 2009, le Dr Patrick Lisasi du centre neuropsychiatrique Saint-Joseph de Lubumbashi, avait tiré la sonnette d'alarme sur la consommation de ces petites bouteilles et sachets d'alcool, qui ruinent la santé des jeunes. "Nous avons soigné près de 1 500 malades mentaux entre 2008 et 2009, dont 75 % sont des jeunes de moins de 30 ans. Lors du dialogue, la majorité avoue avoir consommé ce "whisky", explique le neuropsychiatre.
Réveil un peu tardif des autorités
Les fabricants du fameux whisky étaient des Asiatiques (Indiens). Après la fermeture de leurs usines, certains commerçants qui ont perdu leur marchandise confisquée par la police, s'en prennent au gouvernement. "Il a laissé ces gens fabriquer le whisky pour après interdire leurs activités", se plaint Kadima, vendeur de liqueurs au marché central Mzee. Mais la mesure réjouit presque tout le monde, même parmi les vendeurs conscients du danger que ce produit cause sur la santé des gens. "Il fallait bien que cela s'arrête un jour, dit l'un d'eux. Ca nous rapportait de l'argent mais les consommateurs en payaient un lourd prix !".
Tous les rapports des services qui luttent contre la criminalité (vols simple ou à main armée), les viols des mineures et la prévention des accidents de la route à Lubumbashi sont en effet formels : leurs auteurs agissent généralement sous les effets de l'alcool. Plus particulièrement du whisky en petits flacons ou sachets de 50 ml, vendu partout au Katanga et dans le reste de la Rd Congo. Fabriqué localement et fortement alcoolisé (40, 45 % voire 75 % d'alcool), il coûte à peine 300 Fc (0,3 $), soit quatre fois moins cher qu'une bouteille de bière locale, titrée à 5% d'alcool.
Un vrai danger public
Très prisée surtout des jeunes qui en consomment sans modération, il est devenu un vrai problème de société. "Dans 60 % de cas, les auteurs des crimes ou accidents avouent avoir consommé ce whisky commercialisé sous différents noms de marque et qui les rend vite ivres", affirme Eugène Tumba, un activiste des droits de l'homme de Lubumbashi, dont l'Ong enquête sur les viols commis sur des mineures. Inspecteur à la police de circulation routière, le major Mukala Kaniki affirme aussi que cette liqueur qui entraîne l'ivresse au volant, est la principale cause des accidents de la route au Katanga.
Cette drogue a même atteint les milieux scolaires où elle fait beaucoup de ravages. "Un groupe d'élèves de ma classe achetaient du Boss (une des marques du whisky) tout près de l'école et se droguaient. Ivres, ils empêchaient leurs collègues d'étudier et ont été renvoyés. Les vendeurs ont été chassés des alentours de l'école", témoigne Joseph Ilunga, un enseignant de la commune de la Kenya. Selon ses dires, ils faisaient partie d'un réseau plus vaste d'élèves de cette commune, qui s'abreuvaient de cette liqueur dangereuse.
Thaddée Hyawe-Hinyi, Régine Kapinga Kabwe & Thaddée Hyawe-Hinyi (Syfia Grands Lacs)



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Vieux 01/03/2010, 20h11   #2
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Par défaut Re : Supu na tolo " : une vie à plusieurs vitesses à travers le pays

Le petit whisky, une drogue combattue par l'Eglise et l'Etat L'Eglise catholique de Bukavu, suivie par les Eglises protestantes, a interdit à ses fidèles la consommation du whisky vendu en sachet ou en petite bouteille. Comme dans la plupart de grandes villes du pays, les jeunes de la capitale du Sud-Kivu abusent souvent de cette liqueur fortement alcoolisée, bon marché et qui enivre vite. Lors des réceptions où seule la limonade est servie, ceux qui en sont devenus dépendants font frauduleusement passer ces boissons dans les salles de fêtes pour, comme le dit Adalbert, un étudiant, "ne pas rester morne durant une manifestation de réjouissance."
Dans les écoles de Bukavu, des élèves s'en abreuvent pendant la récré. "C'est pour soutenir le regard du prof lorsqu'il interroge", se justifie A.H. Celui-ci en a pourtant fait les frais. Pour s'être bagarré avec un de ses enseignants, il a été définitivement renvoyé de son école. Ses collègues avouent qu'ils se sont partagés 30 cl de " furaha ", un de ces whiskies à 40 % d'alcool. A la cité, "des jeunes et adultes utilisent les boissons frelatées comme drogue pour abuser des filles", déclare E.B., dont la jeune sœur a été violée dans un campus de jeunes. A Kinshasa où le gangstérisme urbain est récurrent du fait notamment de la prise de ce petit whisky appelé Supu na tolo (la soupe pour se bomber le torse), le gouvernement provincial en a interdit la production, commercialisation et consommation. Mais il est difficile de tout contrôler. Mi-janvier, cinq bourgmestres de la capitale ont été suspendus pour avoir laissé fleurir ce commerce.x177
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