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RDC 50 ans déjà Après un demi siècle d'indépendance, faisons le bilan... Que Vive la République Démocratique du Congo

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Vieux 26/07/2010, 00h59   #1
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Par défaut Nord-kivu le feu dans la poudrière

Livre Blanc sur la situation des Droits de l'Homme dans les Provinces
du Shaba (Katanga) et du Nord-Kivu
Gouvernement de Transition du Zaïre
Ministère de la Communication et Presse 1993
II. NORD-KIVU
LE FEU DANS LA POUDRIÈRE
Ce n'est qu'au mois de juillet 1993, 160 jours après le début des massacres
perpétrés dans cette région que la Mouvance Présidentielle par la voix de M. Kiro
Kimathe "ministre" du Contre -Gouvernement mobutiste de M. Birindwa reconnaissait
"au moins 2.000 morts" des suites du conflit interethnique au Nord-Kivu dont il est
originaire.
Dans une curieuse tentative de banaliser cette hécatombe, Kiro ajoutait avec
ironie qu'il n'était pas "plus normal de tuer des enfants en ex-Yougoslavie que de voir
des paysans illettrés se massacrer au Zaïre". Et comme pour rassurer tout le monde,
l'Ambassadeur de Mobutu à Bruxelles révélait que le Chef de l'État, soudain
interpellé par ces événements avait déclaré de se rendre au Nord-Kivu pour "trouver
une solution durable à ce problème social complexe".
De fait, ici comme au Shaba, on était en face d'un problème politique
artificiellement créé pour entraver le bon déroulement du processus de
démocratisation des institutions zaïroises. II est permis aujourd'hui d'affirmer que le
Maréchal Mobutu Sese Seko a personnellement et délibérément provoqué ces
affrontements du Nord-Kivu qui ont coûté près de 7.000 vies humaines. En intriguant
et en "encadrant" chacune des deux parties à ce conflit : les Hundes-Nyangas d'une
part et les Hutus-Tutsis d'autre part. Une stratégie différente de celle mise en oeuvre
au Shaba.
Manifestement, les remous de l'après- indépendance et l'incurie gestionnaire
du régime de M. Mobutu caractérisés par le désordre économique, la corruption, le
trafic d'influence et le clientélisme institutionnalisés ont favorisé des procédures
fantaisistes d'attribution de la nationalité dans toutes les régions frontalières du Zaïre
qui a neuf voisins.
La Constitution de la Première République avait accordé la nationalité à toute
personne résidant sur le territoire du Congo (Zaïre) au moment de l'indépendance en
1960. Une loi adoptée en 1981 par le Conseil Législatif retira la citoyenneté aux
groupes dits "immigrés", exigeant une requête formelle et individuelle pour
l'acquisition de la nationalité. L'objectif déclaré du législateur de la deuxième
République était de mettre un terme aux abus constatés en la matière (octroi
automatique de la nationalité à des groupes de ressortissants étrangers).
L'application de cette loi se fit de manière tout à fait débridée : contrairement
au principe général qui voudrait qu'une loi ne rétroagisse pas, des citoyens d'origine
Hutu -Tutsi virent leur droits acquis remis en cause.
2
Cette question qui a toujours soulevé des vagues de passion au Nord-Kivu
avait donné lieu en 1991 à une tapageuse opération de clarification et d'identification
des nationaux qui ne fut en réalité qu'une vaste tricherie dont une des conséquences
fut l'exacerbation des atavismes irrationnels. Il y a quatre catégories de
ressortissants Hutus et Tutsis dits "Banyarwandas" au Kivu :
- Des citoyens zaïrois à part entière dont les ancêtres vivaient sur le territoire du
Congo avant la colonisation belge ;
- Des transplantés arrivés au Congo-Belge avant l'indépendance entre 1936 et
1954 et pour lesquels la nationalité ne pose, juridiquement, aucun problème ;
- Des réfugiés politiques venus par vagues successives à partir de 1959 ;
- Des Immigrés clandestins.
En 28 ans de règne sans partage, le régime Mobutu n'a pas réussi à clarifier
la situation des uns et des autres. Au contraire, la plupart des partis et associations
proches de la Mouvance Présidentielle ont titillé la fibre des particularismes
ethniques chez les uns et les autres depuis le début du processus de
démocratisation afin de diviser les forces démocratiques.
Après la dénonciation de ses turpitudes par le Gouvernement Tshisekedi
relayé par des sources indépendantes et crédibles, le Président Mobutu déclara avec
une incroyable légèreté que tous les Rwandais entrés au Zaïre avant sa naissance
(1930) se verraient accordé la nationalité par la grande naturalisation !
Au Nord-Kivu, les ressortissants des différentes ethnies et sous-ethnies sont
organisés en association politico-culturelles. Ces "mutualités" fonctionnent comme de
véritables partis politiques. En 1990 après le discours réformiste du 24 avril 1990, de
nombreux Hutus-Tutsis avaient opté pour des partis de l'opposition dont le CEREA.
Un des principaux sujets de controverse dans la région a toujours tourné
autour du rôle et de l'influence de l’intelligentsia hutus-tutsis souvent qualifiée
globalement (et abusivement) d'"immigrée" dans la gestion publique et dans le
monde des affaires.
Pour une majorité d'intellectuels de la zone de Masisi, les immigrés ont usurpé
les droits politiques et surtout économiques durant 27 ans. On rappelle les graves
incidents dits de Kanyarwanda de 1964-1965 qui auraient été provoqués par une
tentative de conquête du pouvoir à Masisi par les immigrés rwandais. Des caches
d'armes seraient disséminées en divers points de la zone de Masisi "prêtes pour la
conquête finale de ce territoire". Plusieurs centaines de familles "autochtones"
(Hundes-Nyangas) auraient été contraintes ces dernières années de vendre leurs
maigres lopins de terres dans la vaste zone forestière de Ntoto aux riches exploitants
Hutus-Tutsis qui font "une percée organisée méthodiquement à partir du Nord-Ouest
de Masisi et utilisent les petits agriculteurs pour déforester en les poussant toujours
plus loin". De l'avis de tous, ces multiples problèmes de convivialité socio-politique
avaient pu être gérés par des voies pacifiques, comme en témoignent
l'encombrement des Cours et Tribunaux du Nord-Kivu avec des procès en matière
foncière.
3
Les appréhensions, justifiées ou non, de certains leaders Hundes-Nyangas
face au dédoublement des structures de l'autorité locale par les ressortissants
Hutus-Tutsis à Masisi et Walikale semblent être l'étincelle qui a mis le feu aux
poudres. Les Hutus-Tutsis étaient accusés indistinctement d'avoir mis en place une
hiérarchie secrète du pouvoir local comprenant exclusivement des membres de leur
ethnie sous le couvert d'une association "de type militaro-politique" contrôlée par des
Hutus, la MAGRIVI (Mutuelle Agricole de Virunga).
Créée depuis 1990, MAGRIVI semble selon des témoignages concordants,
avoir été noyautée par feu Nyamuisi Muvingi, alors homme de paille de Mobutu dans
la région qui, avant de mourir début janvier 1993, avait conclu une solide alliance
entre des notables de son ethnie Nande et les Hutus de la MAGRIVI. Une alliance
scellée par la désignation du Président de MAGRIVI, M. Nyarubwa en qualité de
Chef de cabinet du Gouverneur du Nord-Kivu M. Kalumbo qui était pour Nyamuisi ce
que Kyungu wa Kumwanza est pour Nguz A Karl I Bond au Shaba.
En tout état de cause, M. Nyarubwa apparaît dans tous les rapports parvenus
au Gouvernement de Transition comme le véritable n° 2 de la Province du Nord-Kivu
jusqu'au déclenchement des affrontements. Les pouvoirs étendus dont il disposait lui
auraient permis d'installer à Masisi mais aussi ailleurs des structures de la Mutuelle
qui serviront de justification aux premiers pogroms, les Hundes-Nyangas, emmenés
par un des leurs, un autre allié de Mobutu dans la Territoriale du Nord-Kivu, le
Vice-Gouverneur Bamwisho, s'estimant en danger et en droit de se défendre face à
ce "dédoublement institutionnel".
Des membres de MAGRIVI ont en effet refusé de se soumettre à tout ordre de
la hiérarchie administrative et coutumière établie au Nord-Kivu. Ils ont décidé de ne
plus payer d'impôts, empêchant les représentants des pouvoirs publics d'effectuer
des missions dans leurs zones d'implantation et récusant les juridictions de l'ordre
judiciaire. Il semble qu'il se soit agi au départ d'un mouvement de défi au régime de
la Deuxième République comme le Sud-Kivu voisin et d'autres régions en ont connu
depuis le début du processus de démocratisation.
Les leaders Hundes-Nyangas proches de la Mouvance Présidentielle avaient
dénoncé à tue-tête la "subversion" et accusaient, les Hutus-Tutsis de préparer une
expulsion massive des autochtones habitant les collines pour les remplacer par de
nouveaux immigrés rwandais. On brandit à titre de preuve : une lettre que des
notables Hutus auraient adressées au Commissaire de Zone de Walikale pour lui
signifier leur refus de collaborer avec lui.
Le problème était réel, bien que d'aucuns parmi les Hutus-Tutsis de nationalité
zaïroise trouvent cette généralisation abusive et estiment que c'est aux réfugiés
politiques et aux immigrés clandestins qu'il faut attribuer cette usurpation. En effet,
pour asseoir son autorité absolue, le régime Mobutu s'est toujours appuyé sur ces
groupes dont la fragilité était pour lui un gage de fidélité inconditionnelle à l'endroit du
"protecteur".
Peu avant sa nomination comme Vice-Gouverneur du Nord-Kivu, M.
Bamwisho alors Commissaire du Peuple (Député de l'ex-parti unique MPR de
Mobutu) avait déclaré dans une interview à l'hebdomadaire JUA : "Le Rwanda n'a



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qu'à accepter le retour de ses ressortissants au lieu de les laisser errer à travers le
monde comme des Palestiniens. L'histoire a démontré que les Tutsis, avides de
pouvoir, sont toujours déstabilisateurs. Ils cherchent par tous les moyens à renverser
l'autorité établie. Si cela n'est pas possible, Ils préfèrent placer un Zairois de leur
solde (…). La population de la zone de Walikale m'a élu député pour éviter que la
zone ne soit envahie par les Tutsis (…). Notre pensée va tout droit au chef de l'État
qui n'a jamais hésité, chaque fois qu'un problème national est posé, de trancher en
faveur de ses compatriotes".
C'est dans un tel cocktail détonant que .le Haut Commandement des Forces
Armées Zaïroises (FAZ), c'est-à-dire le Maréchal Mobutu, dérogea dès le mois de
septembre 1992 (quelques jours après l'élection d'Etienne Tshisekedi à la Primature)
au sacro-saint principe de la non-affectation des militaires dans leurs régions
d'origine. On a assisté alors à l'affectation au Nord-Kivu de militaires ressortissants
de cette région. Un mémorandum du 28 septembre 1993 de la population de Masisi
demandait au Gouverneur Kalumbo d'intercéder auprès de l'État-Major pour faire
muter ailleurs des militaires Hutus-Tutsis parmi lesquels: l'Adjudant Kayidi Dunia et le
Caporal Museneza (Sake), le Sergent Habimana (Ruvunda), les caporaux Havuma
Nsikundi et Matebuka Habimana (Kirotshe), les caporaux Hutakura, Kazingufu et
Mashinye (Kibali), l'Adjudant Katamba Commandant de la place de Ngungu, les
Sergents Kamonyo et Nzanakuru, le Sergent Nirambe (Mibanga), le Premier Sergent
Nyagurundi (Katoyi), le Sergent Ndeziriyabo (Mweso).
Pour leur part, les ressortissants Hutus-Tutsis se plaignaient le 3 mars dans
une note au Gouverneur Kalumbo des exactions commises à leur endroit par des
officiers Hundes-Nyangas qui écumaient la région le plus officiellement du monde.
Sont cités : le Capitaine Musingi Kisiwa et le Lieutenant Kyakwamungu Ibrahim.
On a pu noter également que plusieurs soldats affectés à la caserne de
Rumangabo près de Goma, la capitale provinciale peu avant les événements étaient
Hutus-Tutsis. Ils auraient presque tous déserté, emportant armes et munitions pour
défendre leurs frères ethniques sans donner lieu à des poursuites pénales que le
régime Mobutu semble ne réserver qu'aux hommes politiques, syndicalistes et
journalistes qui expriment paisiblement leurs opinions.
En tout état de cause, dans un mémorandum rédigé le 3 juin 1993 à Goma par
MM. Vatiri Samari et Nzabara Masensa, la Communauté Hutu-Tutsi du Nord-Kivu
"apprécie l'intervention impartiale et efficace du 411ème Bataillon de Rumangabo".
Tous les témoignages sont formels: les militaires des FAZ ont attisé le feu des
affrontements. En parcourant les rapports établis sur place, on apprend d'une part
que les militaires venus du camp Rumagabo (et non des déserteurs car ils ont
ensuite regagné la caserne) ont participé aux combats aux côtés des Hutus-Tutsis en
incendiant entre autres plusieurs villages Hundes autour de Nyamaboko et Masisi.
D'autre part, il a été établi que le long de la "ligne de front", des militaires de la
Gendarmerie notamment ont aidé les Hundes à traquer des Hutus. 50 Hutus seront
ainsi tués le 23 juin, par des gendarmes de Kikulu aux environs de Nyanzale.
Ces multiples entorses à une norme légale sévèrement respectée dans
l'armée zaïroise est révélatrice d'une volonté politique délibérée d'instrumentaliser les
forces armées cantonnées dans la région pour entretenir une confusion politique
5
artificielle. Le Commandement des FAZ a en outre autorisé la "location" des militaires
par des riches exploitants agricoles Tutsis pour la protection de leurs fermes. Ces
militaires ont régulièrement outrepassé leurs contrats de surveillance et se sont livrés
au pillage du bétail, des propriétés dans les villages environnants. Plusieurs voix se
sont élevées pour que ces soldats soient retirés mais les désordres qu'ils créaient
eux-mêmes ont servi d'alibi à leur maintien sur le terrain. Un véritable cercle vicieux
de l'insécurité.
La partie Hutu-Tutsi (plus de 40 % de la population du Nord-Kivu) se serait
sentie par ailleurs frustrée par l'attribution unilatérale sous la Deuxième République
de près de la moitié des postes de responsabilité dans les institutions publiques du
Nord-Kivu à la minorité Hunde-Nyanga (8% de la population) contre 11% aux
Hutus-Tutsis." L'impunité du Vice-Gouverneur Bamwisho qui aurait commandité et
exécuté le premier massacre du 20 mars 1993 au marché de Ntoto (Walikale), et du
Gouverneur Kalumbo jugé responsable du massacre des Hutus-Tutsis de Buabo par
un commando conduit par son homme de main, le Chef Munihire de Kaniro le 10
avril, les aurait déterminé à "prendre en main leur défense".
Les massacres à grande échelle ont effectivement débuté le 20 mars à Ntoto
mais de nombreux signes avant coureurs furent perceptibles et une volonté politique
positive aurait certainement pu éviter les développements dramatiques qui seront
enregistrés par la suite.
Ainsi, le 2 février, le Chef de Groupement Malalamiko ya Makaji de Muhanga
faisait incarcérer arbitrairement 6 notables banyarwanda.
Le 2 mars, MM. Sebazungu, Sefuza et Mutambusa sujets Hutus-Tutsis avaient
été arrêtés par des militaires obéissant au chef de groupement Wetemvahi et
atrocement torturés.

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Le 8 mars 1993, M. Rwubusisi Khomeje du village Rushuli (paroisse
Nyakariba) se plaint auprès du Gouverneur et du Procureur de République de Goma
d'avoir été torturé les 14 et 23 février du fait de son appartenance ethnique par des
chefs Hundes-Nyangas accompagnés d'éléments des FAZ.
Mais toutes les plaintes relatives aux violations des droits de l'homme
déposées auprès des autorités politiques, militaires, administratives et judiciaires
sont restées sans écho.
Le 20 mars 1993 à Ntoto (ouest de Masisi), la rumeur s'est répandue qu'un
leader Hutu, le Prof. Ntinyumenyerwa de la faculté de Droit de l'Université de
Kinshasa, venait d'adresser à ses frères ethniques l'injonction de ne plus accepter
d'ordres des responsables territoriaux et coutumiers d'origine Hunde et Nyanga. En
tout état de cause, le porteur d'une lettre de M. Ntinyumenyerwa à des membres de
la mutuelle MAGRIVI avait été appréhendé (illégalement) sous l'inculpation de
"subversion" par le Chef de Poste de Ntoto, M. Amisi Mutshinya, un Nyanga, ce qui
provoquera une manifestation de Hutus exigeant la libération de l'homme. Le Chef de
Poste décréta alors que les Hutus-Tutsis devaient se préparer à regagner leur pays
(le Rwanda) "dans les prochains jours". Avant d'informer les autorités régionales,
qu'une rébellion "armée" avait éclaté et que les "Rwandais" avaient décidé de passer
6
à l'attaque pour chasser tous les autochtones de Masisi endéans une semaine afin
de rendre ce territoire au Rwanda auquel il aurait appartenu dans le temps. Les
Hutus signalent qu'avant le 20 mars, des notables Nyangas leur avaient signifié qu'ils
ne devaient plus planter des palmiers dans leurs propres champs. Les représentants
de l'autorité administrative locale sont accusés d'avoir imposé des travaux d'utilité
publique et des dîmes obligatoires aux seuls Hutus-Tutsis.
Désigné pour effectuer une enquête, sur ces incidents, le Commissaire de
Zone Assistant de Masisi demanda des renforts militaires. Ceux-ci n'arrivant pas
suffisamment vite à son goût et devant l'amplification des rumeurs d'une attaque
Imminente des Hutus-Tutsis, contre les autochtones, qu'on situait même au lundi 22
mars (sans aucune preuve!), il décida avec l'accord du Vice-Gouverneur de mobiliser
des bandes de jeunes désoeuvrés Hundes-Nyangas pour "assurer sa sécurité". Ce
groupe rassemblé théoriquement pour protéger l'émissaire mobutiste est identifié
comme responsable du massacre du samedi 20 mars au grand marché de Ntoto.
Après avoir bloqué toutes les issues (un pont a même été détruit pour la
circonstance), les assaillants ont attaqué à trois heures du matin. Un véritable
carnage : à coups de lances, de flèches empoisonnées, de machettes et d'armes à
feu, les "Banyarwanda", hommes, femmes et enfants présents au marché ont été
tués. Plusieurs dizaines de femmes ligotées ont été emmenées vers une destination
inconnue. On estime à plus de 100 morts le nombre de victimes Hutus-Tutsis pour
cette seule journée au cours de laquelle plusieurs témoignages révèlent la passivité
des représentants des pouvoirs publics.
Dès le lendemain, 21 mars, le carnage s'étendait dans l'ensemble de Masisi :
tous les villages sont visités par des bandes excitées qui tuent et brûlent des cases.
C'est un dimanche et des fidèles Hutus sont poursuivis jusque dans des églises et
abattus. Plusieurs victimes seront noyées dans la rivière Lowa.
Les 9 et 10 avril, un groupe de 11 militaires des FAZ a assassiné plusieurs
dizaines de ressortissants Hutus et Tutsis à Kaniro (Masisi) et à Buabo. Le jour
suivant (11 avril), ils fusillaient 12 innocents à Muvumu et incendiaient près de 300
maisons d'habitations.
Le 13 avril 1993 toutes les habitations du villages de Kalangala ont été
incendiées.
Le 14, trois personnes étaient tuées par des assaillants Hundes dans une
ferme de Kaniro et quatre autres sur la montagne de Kahongore. Le 21 avril, Bulindi,
une localité habitée par les Hutus dans la collectivité locale de Katoyi est incendiée,
suivie le lendemain des villages de Bwenaleme, Cyungo, Kahanga et Mutungo.
Organisés en groupes d'autodéfense armés, les Hutus-Tutsis de Mahanga,
Burora, Buabo, Shoa et Chamarambo se livraient à leur tour dès la mi-avril à des
actions de rétorsion contre les communautés Hundes et Nyangas. Ces représailles
feront plusieurs centaines de morts. Le 18 juin 1993 le "Conseil des Ministres" de la
Mouvance Présidentielle (gouvernement Birindwa) annonçaient que la paix venait
d'être rétablie au Nord-Kivu. C'est pourtant au cours de cette même période (mi-juin)
que la violence interethnique déborda Masisi et Walikale pour se répandre au nord,

vers Bwito (Rutshuru) et Lubero, des zones où les ONG locales ont signalé la
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présence de plus de 100.000 réfugiés fuyant les sévices. Le gouvernement de la
Mouvance mobutiste venait en réalité d'interdire un conclave pour la paix programmé
pour la deuxième quinzaine du mois de juin par toutes les associations de la très
influente Société Civile du Nord-Kivu. Aucune justification ne fut donnée de cette
mesure mais on croit savoir qu'il leur était fait grief de leur autonomie par rapport au
régime Mobutu. Ce dernier organisera une "Commission interethnique officielle de
réconciliation" regroupant en fait quelques caciques à sa dévotion. Cette Commission
boudée par tous les leaders locaux ne proposa comme solution que le renforcement
de la présence militaire dans la région. Sans tenir compte du fait que les militaires
une fois sur le terrain, louaient leurs services au plus offrant. De riches fermiers
Tutsis en auraient profité pour payer des soldats en vue d'actions de représailles
contre les Hundes-Nyangas.
Sur la ligne de front Buito-Rutshuru, on a vu des Hundes soutenus par les
militaires s'en prendre aux Hutus. C'est l'explication du massacre de 50 hutus
perpétré le 23 juin à Kikuku près de Nyanzale par des éléments des Forces Armées.
La journaliste néerlandaise Els de Temmerman, entrée clandestinement au Nord-
Kivu, a ainsi signalé des raids meurtriers opérés à Rutshuru (Kibirizi) par près d'un
millier de "rebelles" Hundes surgis de la forêt qui sympathisaient avec les
gendarmes. Ce groupe se livrera à des exécutions massives de Hutus à Bihudule,
Bulindi et lkobo.
II n'est pas inutile de rappeler qu'il existe dans le Nord-Kivu un état de guerre
larvée entretenu artificiellement par le régime de la Deuxième République depuis
1986, particulièrement à Beni et Lubero.
Situées au Nord-Est du Zaïre, dans la partie nord de la Région du Nord-Kivu,
à cheval sur l'Équateur, les Zones de Beni et Lubero hébergent les Nandes, l'autre
grande ethnie du Nord-Kivu qui se retrouve aussi de l'autre côté de la frontière en
Ouganda. L'exploitation de certains métaux précieux notamment l'or et la cassitérite,
qui a enrichi rapidement et illicitement certains membres de l'oligarchie mobutiste a
provoqué une effervescence criminogène dans la région.
Les incidents datent en fait du mois de mai 1986. À cette date, les habitants
de la Zone de Beni, étonnés, ont vu arriver et s'installer de nombreux militaires des
unités spéciales des FAZ (bérets verts).
La raison officielle de ce déploiement de forces était une attaque des
"dissidents" zaïrois (lumumbistes) à partir de l'Ouganda, via le massif du Ruwenzori.
Ces derniers,"opposants" au régime de Mobutu, auraient décidé de le renverser à
partir de ce coin perdu à plus de 3.000 kilomètres du siège des institutions ! Au cours
de ces 7 ans de "guerre" notre armée n'a enregistré aucune perte en vie humaine,
aucun "rebelle" n'a pu non plus être capturé. Seuls des villageois "pris entre deux
feux" ont été tués. Rien que des échanges de coups de feu, de temps en temps...
Drôle de guerre ! La réalité sur le terrain est toute autre : il n'a jamais existé de
rebelles au Nord-Kivu. II n'y a jamais eu d'attaque à partir de l'Ouganda ! C'est un
scénario monté de toute pièce, à partir de Kinshasa, pour enrichir une bande
d'intrigants à la Présidence de la République. Exploitant abusivement la paranoïa
légendaire de Mobutu, ces messieurs ont reçu les pleins pouvoirs (et tous les
moyens financiers subséquents) pour mettre fin à "l'insurrection". La stratégie est
8
imparable : l'état de siège étant décidé et les Zones de Beni et de Lubero étant
déclarées "zone opérationnelle militaire" un budget spécial et une ration conséquente
pour les troupes devaient, en principe, y être envoyés régulièrement. Tout est
partagé à Kinshasa par certains gradés de l'armée et les comploteurs parmi lesquels
des originaires de la contrée concernée qui y font de temps en temps une visite pour
monter des mises en scène destinées à maintenir l'irascible Maréchal à la "bonne
température". Entre-temps, les troupes abandonnées à elles-mêmes étaient obligées
de vivre sur le dos de la population. Conséquences : les pillages, les vols, les viols et
les extorsions étaient devenus le lot quotidien des paysans nord-kivutiens.
Ainsi donc, l'armée a entretenu depuis 1986, un climat de terreur au Nord-Kivu
grâce à une opération qu'elle a dénommée "promenade disciplinaire".
Lorsqu'en 1987, la presse belge a dénoncé les exactions commises par les
soldats au Nord-Kivu en donnant force détails, en l'occurrence les noms d'une
cinquantaine de villages incendiés ainsi que ceux de centaines de victimes, parmi
lesquelles des gens, abattus à bout portant, des filles mineures et des mères de
famille violées soit en présence de leurs parents, soit devant leurs maris, Mobutu fit
rentrer précipitamment dans les casernes quelques unités des fameux "bérets verts".
Ce n'était qu'une pirouette car peu après, ces soldats reprenaient leur "promenade
disciplinaire" déguisés en gardes forestiers : ils avaient simplement troqué leur "tenue
léopard" pour l'uniforme "des gardes zaïrois du Parc". Les nouveaux "gardiens" du
Parc de Virunga dont le nombre a régulièrement augmenté ont honoré la triste
réputation des Forces Armées Zaïroises.
Sept ans après le déclenchement de cette "promenade disciplinaire", de
l'armée mobutiste, on peut se hasarder à donner quelques chiffres:
1. Entre 500 à 1.000 personnes assassinées, très souvent horriblement
mutilées.
2. Plus de 200 personnes disparues après leur arrestation par l'armée.
3. 57 villages incendiés.
4. Plus de 1.000 cas de viol signalés (le chiffre noir ici est particulièrement
élevé du fait de l'attitude de plusieurs victimes qui préfèrent souffrir en
silence plutôt que d'être stigmatisées par l'infamie).
5. Butembo, la principale localité des Banande a été mise à sac, plus de 4
fois. Chaque fois, les habitants ont dû fuir dans la brousse.
6. La mission catholique de Kyondo est aujourd'hui vide. Tous les
habitants (20.000) ont été chassés par les bérets verts qui ont occupé
leurs maisons. Ce village étant le seul qui ait été électrifié (par les
missionnaires), les militaires avaient décidé simplement de s'installer à
la place des propriétaires sans même un début de procédure de
réquisition !
7. Le Groupement Watalinga a vu tous ses habitants (32.000) fuir soit en
Ouganda, pays voisin, soit à Beni, chef-lieu de la Zone à cause des
exactions des militaires zaïrois.
À Beni et à Butembo comme ailleurs au Zaïre, les milices mobutistes se sont
rendus coupables de massacres, d'assassinats, de vols, de viols, de pillages et de
toutes sortes d'exactions à l'encontre des populations civiles.
9
Parmi les cas de viol les plus ignobles, on peut relever le viol à Lume, le 27
juillet 1987, par les bérets verts de gamines de 8 à 15 ans : Kamala (8 ans),
Kyakimwa Rose (10 ans), Vira Bayira (13 ans), Kitsa (11 ans) devant ses parents et
Kavugho Pauline (15 ans).
Les cas d'assassinats sont multiples. On peut épingler celui de ces trois
écoliers décapités dont les têtes ont été promenées à travers toute la cité de Beni
pour "démontrer à la population que les rebelles existent réellement et ce qui arrivera
à quiconque sera accusé de collaborer avec eux". On croit savoir que c'est la
manière la plus efficace trouvée par la soldatesque pour briser la résistance de ceux
qui ne se pliaient pas à leurs exigences (extorsions, chantage).
Adam Muheli, un notable de Matolu de retour d'Ouganda où Il avait fui les
exactions (dans le cadre d'un programme de rapatriement de l'UNHCR) fut abattu le
6 août 1987 dans la localité dé Muramba par des soldats qui l'accusaient d'être un
espion. Ses proches furent contraints de pratiquer l'anthropophagie en mangeant
sous la menace des morceaux de son corps grillé.
Plus récemment encore, après avoir incendié 640 maisons dans la région
d'Irungu (derrière la mission catholique de Kyondo), les militaires ont tranché la tête
et les mains d'un catéchiste "récalcitrant" qu'ils ont promenées dans les villages
environnants …
Les militaires en promenade disciplinaire au Nord-Kivu sont devenus tous des
commerçants. Le café, l'or et d'autres denrées extorqués sont revendus, en fraude,
en Ouganda.
II faut également noter que ces militaires s'en prennent non seulement aux
hommes, mais également à la nature. Le Parc de Virunga, qui est un patrimoine
mondial, se meurt petit à petit. La viande de ses animaux protégés qui est très
recherchée, les défenses de ses éléphants et les cornes de ses rhinocéros
constituent actuellement un commerce très prospère. Les plus belles espèces
animales que nous avons, sont ainsi abattues quotidiennement.
Cette situation découle de deux sortes de causes :
Historiquement, les Banandes sont avant tout un peuple d'agriculteurs. Mais
depuis la rébellion de 1964, ils se sont massivement reconvertis dans le commerce et
les trafics divers.
Depuis quelques années, le commerce au Nord-Kivu est devenu très
florissant. Les liens économiques se sont petit à petit distendus entre Kinshasa et les
opérateurs économiques de cette région autosuffisante qui, via l'Afrique de l'Est, ont
préféré traiter directement avec les grands centres de commerce mondiaux que sont
Hong-Kong, Dubaï, Tokyo... Du coup, ce sont également les télécommunications qui
se sont développées ici : télévision, phonie; téléphone... Cette évolution vers plus
d'autonomie a été suivie avec beaucoup de suspicion dans les allées du pouvoir
mobutiste. ou la logique prédominante est de transformer tous les Zaïrois en des
obligés de la "magnanimité du Guide" ("Ce peuple me doit tout").
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Vieux 26/07/2010, 01h03   #5
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Par défaut Re : Nord-kivu le feu dans la poudrière

Butembo l'opulente et Beni l'irrespectueuse sont donc devenues des villes à punir : il
fallait trouver une raison. L'enrichissement facile des acteurs a exacerbé leur zèle.
La situation politique du pays ayant évolué négativement pour l'oligarchie
mobutiste, la politique de la terre brûlée est devenue le cheval de bataille des
nostalgiques des heures glorieuses d'un Parti-État triomphant.
L'offensive terroriste menée au Nord-Kivu entre dans le cadre des tensions
artificielles dans lesquelles le régime Mobutu s'est spécialisé.
En entretenant un climat de terreur, les militaires ont empêché la population
laborieuse du Nord-Kivu de vaquer aux tâches de développement et de s'organiser
pour la conquête de nouveaux espaces de liberté.
Des milliers de personnes ont dû fuir à Beni et en Ouganda. Dans ce pays
voisin, les réfugiés se retrouvent dans les districts de Kasese (Bwera, Mulingoti) et de
Fort-Portal (Kyaka I Refugee Settement Camp). Très souvent, les membres d'une
famille sont séparés les uns des autres.
Des milliers de maisons ont été incendiées : leurs propriétaires se retrouvent
ainsi sans logis.
Des milliers d’enfants sont aujourd’hui orphelins après l’assassinat de leurs
parents. Les traumatismes qui en découlent ne disparaîtront pas de sitôt.
Après que trois écoliers aient été décapités, les élèves ont préféré fuir les
cours de peur de subir le même sort.
II convient d'observer que le comportement sexuel criminel et débridé de la
soldatesque a contribué à propager diverses maladies sexuellement transmissibles
(particulièrement le SIDA) dans le théâtre de leurs opérations.
Sur le plan économique, les champs fertiles n'ont plus été cultivés de manière
régulière, de par l'insécurité qui règne sur la région. II en est de même de la plupart
des maisons commerciales qui ont arrêté leurs activités, à cause des pillages et de
l'Insécurité généralisée.
Le quotidien belge "Het Belang van Limburg" titrait dans son édition du 3
février "Terreur au Kivu" : L'armée zaïroise assassine des paysans démunis. Les
témoignages de milliers de Zaïrois qui ont fui en Ouganda ont été enregistrés par
l'Organisation humanitaire belgo-zaïroise MSAADA Association qui a travaillé en
Ouganda avec l'aide de l'Église Catholique et d'ONG belges et néerlandaises
(NCOS, CNCD, Broederlijk Delen, Caritas Neerlandica, X-Y Beweging). Une liste
détaillée des principales localités d'origine des Zaïrois ayant fui en Ouganda pour
échapper aux exactions des membres des FAZ depuis 1987 ainsi que des victimes
des exactions des membres de FAZ en "promenade disciplinaire" au Nord-Kivu a été
rendue publique par MSAADA-Association.
Le 6 juillet 1988, le Parlement Européen a condamné les massacres,
assassinats, viols, vols, pillages et exactions perpétrés par l'armée zaïroise en

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Vieux 26/07/2010, 01h04   #6
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Par défaut Re : Nord-kivu le feu dans la poudrière

l'encontre des populations civiles dans la Région du Nord-Kivu. L'organe législatif de
la CEE a demandé aux États membres d'exercer des pressions sur M. Mobutu pour
que cessent ces exactions.
II y a lieu de noter également qu'Amnesty International a mobilisé ses
membres en faveur de la population martyre du Nord-Kivu dans son document,
"Republic of Zaïre : Amnesty International Concerns Between January 1987 and
January 1988, Al index : AFR 62/01/88".
Les témoignages recueillis auprès des réfugiés du Nord-Kivu en Ouganda par
les enquêteurs de MSAADA-Association, sont accablants pour les Forces Armées
Zaïroises, spécialement le 411ème bataillon cantonné à Rumangabo (le même qu'on
retrouvera en 1993 aux premières lignes des affrontements interethniques).
Lorsqu'on sait que l'armée zaïroise n'a qu'un seul chef, Mobutu, II y a lieu de
remonter la filière et d'établir les responsabilités individuelles.
II est utile de souligner à cet égard que l'officier supérieur qui a dirigé les
opérations militaires sur Beni en 1986, et qui commande toujours le 411ème est le
Colonel Mbudza Mabe, l'ancien garde de corps du Président Mobutu.

http://www.grandslacs.net/doc/2769.pdf
__________________
mon identité : Josué (1 / 8)
Que ce livre de la loi ne s'éloigne point de ta bouche ; médite-le jour et nuit, pour agir fidèlement selon tout ce qui y est écrit ; car c'est alors que tu auras du succès dans tes entreprises, c'est alors que tu réussiras.

LE SANG DE JESUS !!!!!!
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